Archives pour la catégorie Polars italiens

La lumière parfaite

Je poursuis, la redécouverte de l’œuvre de Marcello Fois avec un autre roman ancien, La lumière parfaite.

Nuoro petite ville sarde. Dans les années 70 Cristian et Domenico ont grandis comme deux frères. Puis sont tombés amoureux de la même fille Maddalena. Bien des années plus tard Maddalena rend visite à sont fils, devenu prêtre dans le nord de l’Italie. Bien qu’il ait quasiment coupé tous les liens avec la Sardaigne et Nuoro, elle veut qu’il connaisse l’histoire de sa famille, de sa vraie famille.

Autant Ce que nous savons depuis toujours était léger et drôle, autant ici on baigne dans la tragédie classique, la pesanteur des secrets et des non-dits, des rancœurs et des haines tues. De lourdes histoires de famille et d’amour qui, on le sait, finissent mal en général.

Bien qu’intimiste, l’histoire dresse en arrière fond le tableau de l’Italie, et pas seulement de la Sardaigne, pendant les années de plomb, avec des tournants de l’histoire que je ne révèlerai pas, et une allusion à l’attentat de la gare de Bologne.

J’avoue que, ayant besoin de légèreté et d’optimisme en ce moment, j’ai moins apprécié cette lecture que celle du roman précédent, mais cela ne m’empêche pas de reconnaître la qualité de l’écriture, la finesse des portraits psychologiques et la justesse du portrait d’une société repliée sur elle-même.

A découvrir quand on est en forme.

Marcello Fois / La lumière parfaite, (Luce perfetta, 2015), Seuil (2017) traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro.

De rage et de vent

J’avais beaucoup aimé le premier roman traduit du milanais Alessandro Robecchi, Ceci n’est pas une chanson d’amour. J’ai adoré le suivant qui vient de sortir : De rage et de vent.

Où l’on retrouve Carlo Monterossi, tête pensante d’une belle émission pourrie, Crazy Love, dans la « Grande Usine à Merde », à savoir la télé italienne. Après un diner pénible avec la tête de nœud qui dirige la chaine, Carlo va prendre un verre, flirte avec Anna, se laisse inviter chez elle, boit, discute, puis s’en va en refermant doucement la porte, sans profiter de ses services d’escort de luxe.

Quand le lendemain elle est découverte morte, torturée et tuée de façon atroce, Carlo ne peut s’enlever le petit clac de la porte de la tête et culpabilise d’avoir facilité la tâche de l’assassin. Et avec la culpabilité lui vient la rage, et la nécessité d’arrêter le salaud. Avec l’aide du journaliste indépendant Oscar, et celle de Ghezzi, flic têtu en congé maladie forcé, il va mener une enquête parallèle à celle des policiers.

Quel plaisir de retrouver cette bande milanaise, et comme il me tarde déjà de lire le suivant.

C’est vraiment la touche italienne, la richesse de ce polar qui m’emballe tellement avec des Camilleri, De Giovanni, Manzini, Varesi … Le mélange enthousiasmant d’une belle écriture, d’humanité, de tendresse et d’humour qui font contrepoids à la description sans censure de la dureté d’un monde où les puissants écrasent sans la moindre vergogne tous ceux qui sont plus faibles qu’eux.

Alessandro Robecchi, avec son propre style, et dans la ville de Milan fait vraiment partie de cette école. Sa description d’une ville congelée, assaillie par un vent glacial est superbe, j’aime ses personnages, que ce soient les trois récurrents où certains personnages secondaires que l’on ne verra sans doute plus mais qu’il décrit avec les mêmes passion et empathie que les autres. J’adore les échanges burlesques entre Carlo et Katrina, son ange gardien moldave qui ne sont pas sans évoquer les relations entre Montalbano et sa cuisinière. Les dialogues entre un Ghezzi convalescent et son épouse valent eux aussi leur pesant d’or.

Et au passage quelques politiciens démagos, la télé, les vieilles familles milanaises prennent quelques balles perdues alors que l’on s’émeut du sort de deux ou trois « perdants », ou désignés comme tels par notre société de merde.

Bref, un vrai bonheur, qui fait sourire, rire et pleurer. Vivement le prochain.

Alessandro Robecchi / De rage et de vent, (Di rabbia e di vento, 2016), L’aube noire (2021) traduit de l’italien par Paolo Bellomo avec le concours d’Agathe Lauriot dit Prévost.

Ce que nous savons depuis toujours

Marcello Fois sera un des invités de TPS début octobre. J’animerai une table ronde sur le polar italien, et je ne connais que très partiellement son œuvre, je fais donc un peu de rattrapage, en commençant par Ce que nous savons depuis toujours.

Un cadavre criblé de balles est retrouvé sur un chantier, il s’agit de Michele Mariongiù, dont le frère ainé s’est suicidé quelques années auparavant. Le tout nouveau commissaire Sanuti, un continental récemment arrivé en Sardaigne va avoir bien besoin de l’aide du juge Salvatore Corona pour démêler des histoires qui remontent parfois à bien longtemps. Et oui, il y a des choses que les locaux savent depuis toujours et qui restent bien mystérieuses pour le nouvel arrivant.

Ne prenez pas ce roman si vous recherchez une intrigue léchée avec suspense et rebondissements. Par contre quel plaisir de lire une telle écriture. C’est fin, léger mais en même temps profond, il y a des changements de rythme, on passe de dialogues ironiques (comme entre Montalbano et son légiste préféré) à un conte sarde qui éclaire (ou pas) le pauvre commissaire, d’une réflexion poétique à un constat désabusé sur l’histoire locale.

Un vrai régal. Que j’imagine encore meilleur quand on lit et on comprend en VO, mais c’est suffisamment bien traduit pour que le lecteur français ait une idée de la saveur de la langue.

Et mine de rien, sans que cela paraisse, derrière ce plaisir gourmand du texte, on a le portrait d’années de corruption, de compromissions et d’occasions ratées.

Quelle chance cette venue de cet auteur qui me donne l’occasion de la redécouvrir.

Marcello Fois / Ce que nous savons depuis toujours, (Dura madre, 2001), Seuil (2003) traduit de l’italien par Nathalie Bauer.

L’autre bout du fil

Grâce au retard dans la traduction française, il nous reste encore quelques Montalbano à découvrir. Une excellente préface du traducteur, Serge Quadruppani nous apprend que L’autre bout du fil est le premier roman qu’Andrea Camilleri, devenu aveugle, a dicté à sa secrétaire. Comme les précédents, c’est un vrai plaisir.

Mimi, Falzo, Catarella et Salvo sont à bout de force. En plus de leur travail habituel, toutes les nuits ils vont prêter main forte à l’équipe de police qui accueille les bateaux qui ont secouru des migrants en mer. Des bateaux qui portent leur lot de drames, de morts, de blessés, de gamins perdus et de violence. Un travail épuisant, trop dur émotionnellement pour le pauvre Cata, mais qui mine également le reste de l’équipe.

Pour compléter le tableau, Salvo a dû accepter de se faire confectionner un costume sur mesure pour accompagner Livia à un mariage. C’est comme ça qu’il rencontre la très belle et très aimable Elena. Qui se fait assassiner quelques jours après sa première visite à son atelier de couture. Comme si Montalbano n’avait pas assez de tracas.

Que dire. Soit vous êtes fan de Salvo, et la simple annonce de la parution de ce volume suffit à vous précipiter chez votre libraire préféré. Soit vous êtes réfractaire (il parait que c’est possible, même si je comprends mal comment), et cette chronique ne vous intéresse pas, nous sommes dans la droite ligne des précédents.

Pour les premiers, sachez juste que l’on retrouve tout ce que l’on aime, l’humour, l’amour pour la cuisine, les joutes verbales avec Livia et avec le docteur Pasquano, les bourdes de Catarella et sa façon très pirsonelle d’interpréter les noms propres, la langue camillerienne …

Un volume souvent plus grave et émouvant que les derniers parus, quand Camilleri évoque les arrivées de migrants, l’enfer qu’ils ont vécu, la bêtise des politiques européennes, ou la connerie du Questeur qui incarne ici un discours trop entendu en Italie et ailleurs. Signalons également pour les fans et connaisseurs un clin d’œil à un autre enquêteur qui nous est cher, Rocco Schiavone d’Antonio Manzini.

Et si par le plus grand des hasards, certains n’ont jamais lu de romans de cette série, je ne saurais trop vous conseiller de profiter de l’été pour découvrir cette œuvre, en commençant de préférence par le premier (La forme de l’eau) puis en les lisant tous. Cela devrait illuminer vos vacances.

Andrea Camilleri / L’autre bout du fil, (L’altro capo del filo, 2016), Fleuve Noir (2021) traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

La nuit n’existe pas

Je n’avais pas été vraiment convaincu par le premier roman d’Angelo Petrella que j’avais lu. Une bonne série B sans plus disais-je. Le suivant, La nuit n’existe pas, me convainc encore moins, ce sera ma dernière tentative avec cet auteur.

On retrouve Denis Carbone, flic hardboiled et borderline napolitain, toujours fâché avec sa hiérarchie, ciblé par les puissants et hanté par la mort de sa sœur. Son enquête sur la mort d’une gamine d’origine nigériane qui a été torturée va l’amener à douter de tous, et à affronter des adversaires qui ne reculent devant rien. Des adversaires qui ont des soutiens jusque dans les plus hautes sphères.

Dans ma note sur Fragile est la nuit je trouvais que Angelo Petrella ne décrivait pas du tout Naples, et surtout ne disait rien de ses habitants. Que c’était une série B survoltée sauvée par son humour et son ton vif. Malheureusement cette fois, les défauts (à mes yeux) sont toujours là, et les qualités ont disparu.

Toujours aucune existence réelle de la ville dans ce roman, si l’on excepte les noms de rues, ou de monuments. On pourrait se trouver n’importe où. Mais surtout, l’humour a disparu, et le côté survolté ou frénétique tourne cette fois à l’hystérie et au grand guignol. Avec secte satanique, grand complot, grand maître et explosions, hémoglobines et coups de théâtres absolument invraisemblables à tous les chapitres. Seul avantage, c’est court.

Donc ce sera tout, Denis Carbone continuera ses aventures sans moi.

Angelo Petrella / La nuit n’existe pas, (La notte non esiste, 2019), Philippe Rey/Noir (2021) traduit de l’italien par Nathalie Bauer.

La maison du commandant

Avec La maison du commandant Valerio Varesi revient au personnage central de son premier roman traduit en France : le Pô. 

Notre ami Soneri est envoyé par son chef caractériel et pas bien malin, surveiller des pêcheurs/braconniers d’origine étrangère (hongrois, russes, ukrainiens …) sur les bords du Pô. Les habitants s’en plaignent, ils pêchent des silures, campent, font du bruit, et puis, ils ne sont pas d’ici. On imagine facilement avec quel zèle Soneri va transformer ça en balade dans le brouillard le long d’un fleuve en crue, avec arrêt dans une bonne auberge.

Jusqu’à ce qu’un des hongrois soit tué. Et que Soneri découvre en allant lui rendre visite une ancienne figure de la résistance communiste mort seul depuis des jours dans sa maison isolée. Alors que le fleuve monte et que le froid et le brouillard envahissent la région, les illusions de notre commissaire mélancolique vont encore en prendre un coup.

« Tu l’aimes, toi, cette société où les arrogants et les malhonnêtes dirigent les gens bien ? où les pires gouvernent les meilleurs ? où la méchanceté est toujours victorieuse ? Tu l’aimes ce monde où tout s’achète ? La justice, la respectabilité, le droit d’être aux commandes ? (…) Tu le sais ou tu le sais pas que tu es payé par ceux qui font les guerres et qui affament les peuples ? »

Le ton est donné par cet ami de Soneri qui vit sur une maison flottante et écoute Verdi à plein volume sur le fleuve déchaîné. Un fleuve qui est de nouveau l’un des personnages principaux du roman. Mais un fleuve à l’image du moral de Soneri : gavé de pollution et de saloperies. Un fleuve qui sent la mort, littéralement, et que même une belle grosse crue a du mal à nettoyer.

Un fleuve à l’image des habitants de la région, déboussolés, pleins de rage, qui s’en prennent aux étrangers, qui crachent leur haine de tout et de tous, sans comprendre pourquoi. Et le pauvre Soneri au milieu qui a de plus en plus de mal à justifier son travail à ses propres yeux. Heureusement, de temps en temps, un bon repas, des moments avec Angela, quelques minutes de tranquillité sur les digues …

Un Soneri désabusé, mélancolique et parfois enragé, mais toujours avec l’humanité et l’empathie de ce cher Valerio Varesi.

Valerio Varesi / La maison du commandant, (La casa dela comandante, 2008), Agullo (2021) traduit de l’italien par Florence Rigollet.

L’île des âmes

Gallmeister a donc décidé de ne plus se cantonner aux US et publie un polar italien, L’île des âmes de Piergiorgio Pulixi.

Après quelques ennuis à Milan, en guise de punition, l’inspectrice Eva Croce est envoyée en Sardaigne. Elle sera obligée de faire équipe avec la locale, Mara Rais, qui a de bonnes raisons de ne pas faire confiance à ses collègues féminines. Si l’on tient compte des fantômes d’Eva, et de la langue de pute de Mara, la collaboration risque d’être explosive.

Et pourtant elles vont avoir besoin de s’entendre quand une jeune femme disparaît, et qu’on craint qu’elle ne soit assassinée. Comme les deux précédentes, bien des années plus tôt. Deux meurtres qui semblaient rituels, dont les victimes n’ont jamais été identifiées, et qui sont tombées dans l’oubli. Seul Barrali, un vieux flic qui se meurt d’un cancer cherche toujours, obsédé par ces meurtres.

J’ai trouvé du très bon et du moins bon dans ce roman. Ce qui fonctionne bien : les descriptions des beautés de l’île, du bleu incroyable du ciel et de la mer, des vallées encaissées et perdues, de la forêt primitive, du respect que peut imposer une telle nature. Les dialogues sont également bons, et la langue acérée de Mara fait merveille. Pour finir la découverte de populations rurales comme hors du temps est très intéressante.

Ce qui marche moins bien, c’est quand il s’agit de décrire les réflexions ou émotions des personnages. Ils ont un peu trop souvent « le souffle coupé » par la beauté des paysages ou « le sang qui se glace » face à l’horreur. Et l’auteur nous détaille trop ce qu’ils font et pourquoi, comme quand, lors d’un interrogatoire, il nous explique bien que l’une des inspectrice se force à avoir l’air méchante alors qu’en fait non, elle voudrait aider mais il faut obtenir des résultats … Comme s’il ne faisait pas confiance à sa construction du personnage, ou à la sagacité du lecteur. Cela donne une impression de maladresse, de défauts de débutant encore un peu scolaire. Et puis, parfois, il se laisse emporter par le lyrisme et certaines descriptions sont un poil lourdes à mon goût.

Du bon et du moins bon donc, mais le bon l’emporte. En espérant qu’il a un bon éditeur qui l’aide à s’améliorer pour les romans suivants.

Piergiorgio Pulixi / L’île des âmes, (L’isola delle anime, 2019), Gallmeister (2021) traduit de l’italien par Anatole Pons-Reumaux.

L’été froid

On a découvert Gianrico Carofiglio en France il y a déjà quelques années avec son avocat dépressif Guido Guerrieri. Il l’a délaissé depuis, mais il revient à Bari avec L’été froid.

Bari, un été particulièrement pourri, en 1992. C’est la guerre dans le clan Grimaldi, une des bandes qui se partagent la ville. Le bras droit du chef a fait sécession, et les cadavres commencent à s’accumuler. Quand le fils de Nicola Grimaldi est enlevé avec une demande de rançon, le maréchal Pietro Fenoglio, en charge de l’affaire pour les carabiniers sait que tout va dégénérer. C’est alors qu’une aide inattendue semble tomber du ciel.

Est-ce le début d’une nouvelle série en France ? C’est possible tant le carabinier Pietro Fenoglio, et les personnages secondaires qui l’entourent sont intéressants et donnent envie de le retrouver. A noter d’ailleurs qu’il y a déjà trois romans avec ce personnage en Italie, et que celui-ci est le deuxième.

Certes, rien de très innovant, c’est du grand classique, mais l’auteur est un excellent artisan qui sait construire ses personnages, mener une intrigue et se servir de ce savoir faire pour dépeindre une ville, ses habitants, son milieu.

Dans ce volume qui est aussi un hommage aux juges Falcone et Borsellino, et à ceux qui sont morts avec eux dans les attentats perpétrés par la mafia, c’est le crime organisé des Pouilles, présenté comme inspiré de la ‘Ndrangheta calabraise qui est au centre du récit. Pas de légende ou de mythe ici, mais des récits sanglants, où la folie et l’appât du gain de bandes minables mais dangereuses contaminent toute la société (à moins que ce ne soit l’inverse). Un récit d’autant plus crédible que l’auteur a été procureur en charge des dossiers mafieux à Bari.

Du solide donc, bien raconté, avec des personnages attachants, de quoi donner envie de découvrir les autres volumes de la série.

Gianrico Carofiglio / L’été froid, (L’estate fredda, 2016), Slatkine & Cie (2021) traduit de l’italien par Elsa Damien.

L’imposture du marronnier

Si vous êtes un habitué, vous savez que j’aime beaucoup le polar italien. Je n’allais pas rater un nouvel auteur, romain. Malheureusement, L’imposture du marronnier de Mariano Sabatini est une déception.

Viola Arnaghi, journaliste dans une revue féminine, habituellement spécialisée dans les papiers sur les artistes, est envoyée par sa chef interviewer Ascanio Restelli, entrepreneur romain sulfureux, toujours soupçonné, jamais condamné. Asciano va se lancer dans la course à la mairie, et Charme serait le premier journal à publier une interview à ce sujet.

Quand Viola arrive, la matin prévu, pour rencontrer le monstre, elle le trouve dans son bureau, égorgé. Elle appelle instinctivement son ami Leo Malinverno, journaliste au Globo, grand spécialiste des scoops, ami intime du commissaire Guerci, et séducteur dans l’âme. Restelli a arnaqué, écrasé, humilié tant de gens dans sa carrière, que l’enquête s’annonce compliquée.

Pourquoi suis-je déçu ? Ca commence par l’écriture que je trouve plate et explicative. Je suis peut-être trop sensible, mais une phrase comme : « des simples badauds, dont la curiosité maladive était alimentée par les horribles talk-shows sur les affaires sanglantes, qui passaient en boucle sur toutes les chaines. » me sort tout de suite du bouquin.

Je n’ai pas besoin qu’on me dise que la curiosité est « maladive », et encore moins que les talk-shows sont « horribles ». Soit l’auteur est capable de me le faire ressentir en me les décrivant, avec humour de préférence, ou au travers de dialogues, soit il me fait confiance pour le savoir, mais là il ne m’amuse pas et j’ai l’impression qu’il me prend pour un con. Ou qu’il cumule les adjectifs comme les sites de merdes qui recherchent le clic.

Ensuite, le personnage de Leo me gène. C’est une sorte de James Bond journaliste, sans les gadgets, mais qui comprend tout, un vrai chevalier blanc qui tombe tout ce qui porte jupon, ou presque (une des rares qui résiste à son charme est soupçonnée préférer les femmes). Si c’était fait sous forme parodique, ou s’il s’agissait d’une œuvre datée, ça passerait, là, c’est plus dur.

Dommage parce que les descriptions de Rome sont plutôt réussies, les épisodes culinaires alléchants, les références littéraires et musicales bienvenues, mais il y a vraiment trop de choses qui coincent pour moi.

Mariano Sabatini / L’imposture du marronnier, (L’inganno dell’ippocastano, 2016), Actes Sud/Actes Noirs (2021) traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli.

Une affaire italienne

Carlo Lucarelli quitte l’Ethiopie et revient en Italie dans les années cinquante avec Une affaire italienne.

Il neige pour ce Noël 1953 à Bologne. Le commissaire De Luca, qui a été un des meilleurs flics de la police italienne pendant la période fasciste est au placard. Jusqu’au meurtre de la jeune veuve d’un universitaire mort quelques temps auparavant dans un accident de voiture. Assisté, (ou surveillé ?) par le jeune Giannino, obligé de mener l’enquête de façon officieuse, de Luca va s’apercevoir que dans cette Italie en pleine guerre froide, où le jazz vient le disputer à la musique italienne, les apparences sont souvent trompeuses.

Je ne connaissais pas les précédents romans ayant le commissaire De Luca pour héros. Mais c’est visiblement un personnage que les lecteurs italiens connaissent bien. Un personnage intéressant d’emblée, par son ambigüité, comment trouver sympathique un flic qui fut au service du fascisme ? Comment l’héritage du fascisme est-il vécu en Italie ? Une question qui mérite d’être posée dans un pays qui a élu une petite-fille de Mussolini, se réclamant ouvertement de son héritage …

Bref, le personnage principal est déjà intéressant. L’époque est passionnante et Carlo Lucarelli réussit à la récréer dans ses différentes composantes sans écrire un pavé. Bologne sous la neige, l’opacité et l’impunité des services secrets italiens, le poids de la guerre, la gastronomie, la guerre froide, le regard sur l’homosexualité, le racisme … sans compter de fort belles pages sur la musique.

Rassurez-vous, l’auteur est un grand connaisseur du polar et il sait aussi construire une intrigue qui cache quelques jolies surprises. Encore un bon polar italien, dans une production très riche.

A se demander pourquoi on fait tant de foin sur la vague scandinave sans jamais parler de la richesse du giallo, alors qu’il est quand même plus agréable d’aller déguster des pâtes aux cèpes avec un vieux chianti que de manger du hareng fumé avec un aquavit non ?

Carlo Lucarelli / Une affaire italienne, (Intrigo italiano. Il ritorno del commissario De Luca, 2017), Métailié (2021) traduit de l’italien par Serge Quadruppani.