Un paumé sympathique à San Francisco

Jim Nisbet après Roger Smith, c’est une sorte de grand écart. Mais je suis souple ! Et j’ai de loin préféré ce Petit traité de la fauche.

Unknown« Klinger s’était maintenu dans la ceinture d’astéroïdes de la petit délinquance de San Francisco, sans jamais trop s’approcher de la chaleur solaire dispensée par le gros coup, ni s’aventurer trop loin dans les confins glaciaires du système pénitentiaire. »

Difficile de mieux résumer le personnage que par cette phrase parfaite de l’auteur lui-même. Klinger est un looser, ses copains aussi, il a juste un peu plus de chancequ’eux. Il est heureux quand il a 100 dollars en poche.

Quand avec un pote ils volent un informaticien complètement saoul, ils pensent avoir pris de quoi tenir quelques jours. Sans savoir que le téléphone que Klinger a récupéré va le plonger dans un monde d’applis et de gadgets qui lui est totalement étranger … Et très dangereux.

Un grand écart donc avec ma lecture précédente. Car si Roger Smith multiplie les effets, accélère le rythme et termine dans le gore, Jim Nisbet prend son temps, aligne les dialogues absurdes (on pense aux ivrognes du bar préféré de John Dortmunder) et termine dans un pirouette logique mais cruelle.

Klinger est un bouchon de liège qui se laisse porter par le courant, il refuse toute sollicitation ou presque et se contente de voler le strict minimum dont il a besoin pour survivre. Le problème du bouchon est qu’il peut être gobé par un gros poisson passant par là. Et c’est bien ce qui va arriver à notre pauvre héros.

Avant ça on va avoir le temps d’apprécier sa déconnexion totale, le gouffre qui le sépare de tout ce que l’on nous vante comme moderne et nécessaire : il n’a pas de téléphone, n’ayant personne à appeler, pour lui un Smartphone est un objet lointain, inaccessible, inconnu et inutile, il survit à la surface de la ville et passe, un temps, entre les mailles. Et quand on le compare à ses concitoyens « gagneurs », connectés, pressés et stressés avec lesquels il a le moins de rapports possible, on se demande qui est le plus humains, et qui est finalement le plus nuisible (en fait on ne se demande pas longtemps).

Sans trop pourquoi ni comment, la nonchalance de Klinger, son détachement et son humour, mais également ses peurs et ses inhibitions finissent par nous le rendre sympathique. Et on suit ce personnage que l’on pourrait retrouver chez les frères Coen avec énormément de plaisir, jusqu’à la chute inévitable.

Jim Nisbet / Petit traité de la fauche (Snitch world, 2013), Rivages/Noir (2016), traduit de l’anglais (USA) par Catherine Richard-Mas.

8 réflexions au sujet de « Un paumé sympathique à San Francisco »

  1. Norbert

    Je suis justement en train de le lire, et je me régale de l’écriture de Nisbet (et de son personnage – je n’en suis qu’au début). Dès le 1er paragraphe du bouquin, quand Chainbang crève les airbags avec un couteau : « Les quinze centimètres de lame passèrent au travers de la toile de nylon comme un pitbull dans un jardin d’enfants. » Et le reste à l’avenant, les dialogues savoureux, bref j’aime déjà Klinger..

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  2. wollanup

    Nisbet ,c’est toujours génial et depuis le début.C’est un auteur qui sait en plus constamment se renouveler et c’est une tronche.Je suis un fan absolu.

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