Le gang Dillinger vu par James Carlos Blake

Avec Handsome Harry James Carlos Blake revient à ce qui l’a fait connaître depuis plus de 20 ans avec des romans comme L’homme aux pistolets ou Les amis de Pancho Villa : les histoires de gangsters comme façon de raconter l’Histoire des US.

blake16 octobre 1934, tout le gang Dillinger a été décimé, il ne reste plus que Harry Pierpont, dit Handsome Harry, qui attend son exécution après une ultime évasion ratée. C’est lui qui nous raconte l’histoire d’un des gangs les plus célèbres de la période de la grande dépression.

On passe rapidement sur les premiers braquages dans l’Indiana, sa rencontre avec John Dillinger en prison, puis l’évasion de ce qui allait devenir le gang grâce à John libéré avant les autres. Viennent ensuite les quelques mois pendant lesquels l’équipe réalise ses braquages les plus spectaculaires. C’est cette période, auprès de Harry, John, leurs complices et les femmes qui ont partagé leurs vies, alors qu’autour le pays s’enfonce dans la dépression que décrit James Carlos Blake.

L’intérêt du roman est de raconter ce qui n’apparait pas dans les rapports de police ou les articles très exagérés des journaux : la vie au quotidien des membres de l’équipe. C’est cela qui est mis en avant, leur vie amoureuse, leurs amitiés, leurs discussions, les blagues, les changements de domicile, les déplacements dans tout le pays. Et c’est au moins aussi intéressant, sinon plus, que le récit des attaques de banques qui, finalement, passe presque au second plan.

Le tout est raconté dans un style très parlé, sec et vif, sans tenter d’enjoliver la réalité. Les différents personnages sont présentés comme des hommes et des femmes presque ordinaires, avec leurs qualités et leurs défauts, leur panache, leurs lâchetés. La différence avec le citoyen lambda ? Pour les membres du gang, la seule différence entre eux et les banquiers, c’est que eux sont hors la loi, alors que les banquiers, tout aussi criminels, sont protégés par la loi. Une opinion assez partagée en cette période de grande dépression et de krach boursier. Cela donne un moment particulier de l’histoire des US vu par un prisme assez inhabituel, et offre une autre vision de la société.

Une vision qui pourrait connaître un regain de popularité dans une période où un trader, un parasite ayant joué en bourse et précipité des pays entiers dans la panade, ou un conseiller bancaire spécialisé dans l’évasion fiscale gagnent infiniment plus qu’un instituteur, un infirmier, un plombier, un chercheur, un chirurgien ou un boulanger pour ne prendre que quelques exemples de métiers autrement plus indispensables.

James Carlos Blake / Handsome Harry (Handsome Harry, 2004), Gallmeister (2019), traduit de l’anglais (USA) par Emmanuel Pailler.

5 réflexions au sujet de « Le gang Dillinger vu par James Carlos Blake »

  1. Zorglub

    Très juste.
    Allez, je vais encore faire mon cuistre : on écrit un krach boursier, et non un crash (ça c’est du Ballard). Les puristes de 45 ans dans mon genre mettent aussi un accent circonflexe à connaître. Voilà voilà, je le tais 🙂

    Répondre

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