Disque monde n°8

Un polar français neurasthénique, hop, un Terry Pratchett, En plus là, coup de bol c’est Au Guet ! soit le début de la saga du 87° District d’Ankh-Morpok. Peut-on faire mieux ? Non.

TP8Le guet municipal de nuit d’Ankh-Morpok n’est pas exactement un corps de police d’élite. Il se compose en tout et pour tout du Capitaine Vimaire, qui boit pour oublier tous les soirs, de Chicard, dont personne n’est absolument certain qu’il soit vraiment humain, et du Sergent Côlon qui est arrivé au faite de sa carrière. Le guet est juste sur le point d’accueillir son premier volontaire, un certain Carotte, aussi naïf et ingénu que bien intentionné et … baraqué. Et puis il a ce truc, incompréhensible, quand il vous demande de le suivre pour faire appliquer la loi, vous pourriez le suivre jusqu’au bout du monde. Et pourtant, Chicard a essayé de lui apprendre quelques trucs :

« Tout ce que tu as à faire, c’est te balader la nuit dans les rues et crier « Il est minuit, tout va bien – Et si tout ne va pas bien ? » je lui ai demandé. Alors il a dit « Tu te démerdes pour trouver une autre rue vite fait » »

Alors quand une sorte de société secrète arrive, par le plus grand des hasards à invoquer un dragon, si le Guet est l’ultime rempart, Ankh-Morpok et ses habitants sont mal partis. Quoi que …

Tout le génie de Terry Pratchett, dans la construction, dans son humour, dans ses descriptions qui font immédiatement naitre des images :

« D’épaisses volutes de fumée restaient suspendues en l’air, peut-être pour éviter de toucher les murs. »

Qui sait si bien saisir la nature humaine en quelques mots :

« Qu’on lui laisse les aigris dont les torrents de venin et de rancœur n’étaient retenus que par de fragiles barrages de nullité et de paranoïa miteuse. »

Ou quand, au détour d’une phrase, vous reconnaissez immédiatement quelqu’un que vous avez croisé, et que vous vous dites que c’est ça le talent :

«  Quand elle parlait, chaque mot faisait l’effet d’une bonne claque dans le dos et vibrait de cette assurance aristocratique que confère la bonne éducation. La seule sonorité des voyelles aurait découpé du teck. »

Tout est génial, j’ai éclaté de rire un nombre incalculable de fois, c’est à la fois sans concession sur notre veulerie, nos lâchetés, et plein de compréhension pour la pauvre nature humaine. Et on voit pour la première fois nos héros à venir, Vimaire, Carotte, Chicard, Côlon, Dame Ramkin, Vétérini … un des meilleurs dans une série exceptionnelle.

Terry Pratchett / Au Guet ! (Guards !Guards !, 1989), L’Atalante/La Dentelle du cygne (1997), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

12 réflexions au sujet de « Disque monde n°8 »

  1. Harryhausen

    Ca l’a donné envie de le lire, donc je commente pour la première fois, alors que je lis ce blog depuis de nombreux mois
    Non que cela soit la première fois que vous m’ayez donné envie de lire un roman présent en ces colonnes (et que j’ai d’ailleurs lu, le plus souvent avec bonheur), mais cette fois j’ai une question car je « tourne » autour de prachett depuis de longues années:
    Y-a-t-il une porte d’entrée idéale ? Puis-je commencer les annales du disque monde par n’importe quel tome (celui-là par exemple) ?
    Merci pour votre réponse, et plus généralement pour ce blog !

    Répondre
    1. actudunoir Auteur de l’article

      Bonjour,
      On peut commencer n’importe où, mais c’est bien quand même de ne pas attaquer par le 25°. Comme les tout premiers sont quand même moins bons je conseillerais de commencer par un de ces trois là : Mortimer qui met en scène la Mort qui est un des personnages récurrents, ou bien Trois soeurcières premier de ceux qui mettent en scène les sorcières, ou celui-ci, bonne présentation de la ville et de ses policiers. Bonne découverte !

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      C’est mieux de ne pas commencer par les derniers, tu peux aller voir la réponse que j’ai faite au commentateur précédent pour trouver par quel numéro commencer.

      Répondre
  2. KultureMania

    Les premiers étaient surtout orientés aventure/fantasy/humour, alors qu’après, Pratchett a commencé à véhiculer des messages. Chaque livre a dès lors sa propre thématique (l’argent, la liberté de penser…). Pour ma part je préférais quand même les premiers :p

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Avis que je ne partage pas entièrement. A part les deux premiers, on a tout de suite de parallèles entre le Disque Monde et le notre. Avec des thématique très vite. Le pouvoir du théâtre dans Trois seurcières, la mort dans Mortimer, la place des femmes dans la huitième fille, puis des visites de pays, avec Pyramides, plus tard la Chine des tribulations d’un mage en aurient, le cinéma, le roc, l’opéra … Pour moi, à part les deux premiers, il y a toujouts une thématique, et un « message », et l’humour ne faiblit pas.

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      1. KultureMania

        Je pense que les thèmes sont devenus centraux et moteurs de l’action à partir du tome 10 « Les Zinzins d’Olive Oued » (et peut-être dans « La Huitième Fille »). Pour les autres, c’était juste des thèmes qui ne renvoyaient pas encore de leçons : les voyages ou la mort comme tu dis, ce sont des idées qui ne mettent pas spécialement en miroir notre société et ses défauts.

      2. actudunoir Auteur de l’article

        Mouais … Dans Au guet il y a déjà une certaine critique des réactions de la foule, prêt à acclamer un nouveau roi et à retourner sa veste. pour moi cette critique, et ce message sont présents très tôt. Et d’ailleurs j’avoue que j’aime bien.

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