Kasso

Il fait gris, froid, on s’emmerde, les masques c’est chiant … heureusement, j’ai pour vous un remède. Pas éternel, mais vous passerez au moins quelques moments de joie. Avec Kasso de Jacky Schwartzmann.

Jacky Toudic, cinquante ans, revient chez lui à Besançon, parce que ça mère est atteinte d’Alzheimer. Pas le retour le plus drôle, ni le plus économique. Parce que l’EPHAD coute un bras, voire les deux. Et Jacky n’a pas de ressources, du moins pas de ressources facilement déclarables. Pour vivre, Jacky fait Mathieu Kassovitz dont il est le sosie parfait, et il arnaque les crédules. Un soir il rencontre Zoé, avocate fiscaliste avec qui il se dit que c’est le moment de monter le gros coup qui va le mettre à l’abri définitivement.

Il y a au moins deux écrivains en France capables de phrases définitives qui me font éclater de rire tant elles sont aussi drôles que justes et méchantes. Capables d’écrire tout haut ce qu’on pense tout bas (avec beaucoup moins de talent). Hannelore Cayre et Jacky Schwartzmann. Tous les deux sont sans pitié avec les cons et les puissants, mais ne s’acharnent jamais sur les faibles. Ils sont drôles mais jamais méprisants, je les adore.

Un roman qui commence fort :

« Maman n’est pas morte. Ce serait mieux pour tout le monde, à commencer par elle. »

Puis qui est parsemé de sentences très justes comme :

« Finalement la démesure n’est pas l’apanage des riches mais de toute personne mise en situation de pouvoir faire n’importe quoi. Si on donne à quelqu’un les moyens de devenir complètement con, il le deviendra. »

Vous aurez donc, l’exécution en 10 lignes d’une rue de Paris et de ses habitants insupportables, une idée géniale pour évoquer les débuts d’arnaqueurs du petit Jacky, un crocodile, des dialogues qui claquent, des allumés pas piqués des hannetons entre autres. Ne vous bousculez pas, il y en aura pour tout le monde, à un moment ou un autre ce sera vous, la cible des bons mots de Jacky.

Sous des dehors de facilité et de décontraction, c’est très construit. Vous verrez, la chute superbe est en fait préparée bien longtemps avant, sans que vous ayez le moindre moyen de la voir venir.

Et derrière le rire, on retrouve beaucoup d’humanité et de tendresse pour nous autres, pauvres humains souvent ridicules, pathétiques, pas toujours bien malins, nous débattant avec nos soucis. Il se moque de nous Jacky, mais finalement il ne peut complètement cacher qu’il nous aime bien.

Jacky Schwartzmann / Kasso, Seuil/Cadre noir (2021).

11 réflexions au sujet de « Kasso »

  1. Trane

    Je n’étais pas au courant de sa sortie, je l’ai vu chez mon libraire, je l’ai pris. Pas encore lu, En lisant ta chronique je pense que Schwartzman ne me décevra pas. Comme toi, je trouve qu’avec H Caire ils savent décrire les travers de notre société en frappant avec humour juste et fort.

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  2. Nico

    Hello,
    Je viens de finir « Kasso » et j’ai vraiment pris beaucoup de plaisir encore une fois à lire Jacky Schwartzmann.
    Sous couvert de Séries B bien ficelées, je trouve qu’il en dit énormément sur notre sociéte (et effectivement, tout le monde en prend pour son grade mais c’est souvent très juste). Et quel sens de la punchline !
    En plus de la comparaison avec Hannelore Cayre, je le rapprocherais de Iain Levison. Il y a ce même côté livre jubilatoire et faussement léger. J’ai d’ailleurs hâte de lire son dernier qui vient de sortir.

    Répondre

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