Un huis-clos patagon.

Je n’avais pas encore lu de roman de Sandrine Collette, mais là, un roman qui se passe en Patagonie, je ne pouvais pas le laisser passer : Il reste la poussière.

ColletteQuelque part dans un passé pas vraiment défini, quelque part au milieu de la Patagonie, une ferme. La Mère, les Jumeaux, l’Idiot et le Petit. Des chiens, des chevaux, quelques bovins et des moutons. Et le vent, la sécheresse, les épineux et les cailloux. Le père a disparu, la Mère tient la famille d’une main de fer, tout le monde marine dans un jus de fatigue, de haine et d’absence d’espérance. Tout pourrait durer indéfiniment.

Jusqu’à ce que la Mère joue un de ses jumeaux aux cartes, dans la ville voisine. Et que le Petit parte plusieurs jour à la recherche de chevaux perdus. Alors les équilibres changent, et tout se lézarde.

Etonnant exploit que celui de ce roman qui est un huis-clos se déroulant dans un espace infini. Etonnant de voir des personnages irrémédiablement liés, attachés, dans un lieu où l’on peut partir à perte de vue, sans aucune limite physique. C’est très fort. Etonnant d’arriver à écrire un polar étouffant qui se situe dans un lieu où le vent souffle sans obstacle, où le regard ne butte sur aucun horizon.

Et dans ce lieu paradoxal, Sandrine Collette met en scène un Folcoche atroce, impitoyable, minérale, qui, autre paradoxe, au lieu de lier ses quatre fils contre elle, arrive à les faire se haïr les uns les autres. Une haine rance, qui n’est au repos que lorsque les quatre sont trop fatigués par le travail pour avoir la force de se nuire, et se déchaîne en une violence incontrôlable dès qu’ils en ont l’opportunité et qu’il leur reste un minimum d’énergie.

Heureusement il y a quelques rayons de soleil, qui permettent de respirer : un galop débridé, un travail de gaucho où, miraculeusement, les garçons travaillent ensemble, l’amitié d’un chien ou d’un cheval, le goût d’une viande grillée.

Un roman âpre et fort, qui a fait naître une questions qui n’a cessé de me tarabuster durant toute la lecture, et même après : Pourquoi Sandrine Collette a-t-elle choisi ce lieu (la Patagonie centrale) et cette époque (le début du XX°, à peu près) ?

Si quelqu’un a la réponse … En attendant, si ce n’est déjà fait, précipitez-vous.

Sandrine Collette / Il reste la poussière, Denoël/Sueurs froides (2016).

13 réflexions au sujet de « Un huis-clos patagon. »

  1. Lilou

    merci pour cette très belle critique… j’ai lu et adoré ce livre… j’aurais aimé pouvoir en parler comme ça ! 🙂

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  2. belette2911

    Pour éviter les smartphones, avoir un pays éloigné, avec des chevaux, des gauchos, une ferme qui n’a rien de moderne… faudra lui demander, tiens ! 😀

    lu et adoré !

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      1. belette2911

        Une bouffée d’air frais un roman sans nouvelles technologies… et puis, les criollos sont des petits chevaux merveilleux, j’en veux bien un !

  3. Norbert

    Salut Jean-Marc ! Je pense qu’il y a une vidéo assez courte dans laquelle elle présente son roman, et même si elle n’explique peut-être pas clairement pourquoi elle a choisi ce lieu, en tout cas on sent qu’elle l’a clairement visité. En plus elle cite deux romans qui l’ont influencée, un d’Agotha Cristoff et un de Bruce Machart, paru chez Gallmeister (Le sillage de l’oubli).
    Lien vers la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=xMdJdQwY9Ok

    Peut-être que ça te permettra de mieux comprendre, enfin j’espère. À bientôt !

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  4. Françoise

    De Sandrine Collette, j’avais lu « Un vent de cendres » et « Six fourmis blanches » : c’est une de ses particularités d’arriver à instiller ce sentiment de peur (voire de terreur) et surtout d’enfermement malgré les grands espaces où elle situe ses romans, et elle le fait avec un art consommé. Je n’ai pas encore lu celui-ci mais il attend sur la pàl (il a été devancé par l’inquisiteur Eymerich) et je me doute que, comme les autres, ce n’est pas pour rien qu’il parait dans la collection « Sueurs froides » !

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