Un nouvel auteur du bayou

Voilà un roman dont on a pas mal parlé sur les blogs : Les maraudeurs de Tom Cooper.

CooperLes pêcheurs de crevettes de Louisiane sont vraiment touchés par la malchance. D’abord Katrina, puis la marée noire. La vie qui était déjà dure devient insupportable. Et chacun réagit à sa façon. Gus Lindquist, manchot et accro aux cachets cherche sans jamais désespérer le trésor mythique du pirate Jean Lafitte. Les frères Toub cultivent une marijuana inégalable, et personne ne leur cherche des crosses parce qu’ils sont un peu psychopathes. Wes Trench compte bien continuer à pêcher, comme son père avec qui il travaille. Brady Grimes, un enfant du pays qui est parti il y a longtemps vient arnaquer les pêcheurs pour qu’ils prennent une aumône de la part de British Petroleum et renoncent à porter plainte contre la compagnie qui a inondé leur lieu de travail et de vie de pétrole. Hanson et Cosgrove voudraient bien devenir riches sans trop se fatiguer.

Et bien entendu, tout ce beau monde va se croiser, pour le meilleur … et pour le pire.

Je ne sais pas pourquoi je croyais m’embarquer dans un roman à la Carl Hiaasen. Peut-être le croco hilare de la couverture, où une lecture en diagonale des chroniques ici et là. Du coup j’ai été assez surpris, c’est, à mon avis, tout aussi réussi mais beaucoup plus sombre.

La grande force du roman est de planter des personnages auxquels il donne une chair, des espoirs, des fêlures et des folies. Des personnages englués dans la marée noire, une communauté déjà sérieusement ébranlée par Katrina et qui se voit remettre la tête sous l’eau par les pourritures de BP.

Alors certes il y a bien des personnages à la Carl Hiaasen : les jumeaux Toub, les deux paumés qui veulent leur piquer leur herbe, le pauvre Lindquist et sa chasse au trésor … mais le regard que l’auteur pose sur tous ces personnages me fait davantage penser à l’humanité et à la tendresse (sans angélisme) d’un Ken Loach qu’à l’humour grinçant d’un Tarantino. Car finalement, même les Toub finissent par être parfois humains … En cherchant bien … Très bien.

Les vraies pourritures ici sont bien Brady Grimes et ses patrons qui, juste pour amasser encore et encore plus de fric, profitent de la faiblesse et de la détresse des plus démunis pour les enfoncer un peu plus.

Tout cela est raconté au raz des gens, au raz de l’eau, dans la senteur des vapeurs de pétrole qui irisent le bayou, et la trouille du surgissement d’un alligator. Sans oublier le miracle d’un lever de soleil, ou l’envol d’une aigrette. On sourit parfois, on s’émeut souvent, on s’enrage beaucoup, et on en redemande.

A noter un hommage discret mais sympathique : on croise une famille Robicheaux. Cela ne peut pas être un hasard.

Tom Cooper / Les maraudeurs (The maraudeurs, 2015), Albin Michel (2016), traduit de l’anglais (USA) par Pierre Demarty.

13 réflexions au sujet de « Un nouvel auteur du bayou »

    1. actudunoir Auteur de l’article

      C’est vrai que moi aussi j’ai coincé sur le dernier Burke. Et malgré l’hommage discret, tom Cooper se situe dans un tout autre registre, et il y réussit très bien.

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  1. lectriceencampagne

    Oui, d’accord avec toi, ce livre est plus noir qu’il n’y parait, et l’humour est de la rage, souvent. Je pense évidemment qu’on ne peut pas -et pourquoi faudrait-il le faire ?- comparer avec Burke, le ton, l’écriture ne sont pas les mêmes, forcément, ce n’est pas le même auteur ! Pourquoi, parce qu’ils parlent tous deux de la Louisiane, faudrait-il les comparer ? Le clin d’oeil Robicheaux est sans doute un hommage. J’ai aimé, beaucoup, ce livre. Pour ce qu’il est.

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  2. wollanup

    Ah,concernant Robicheaux,je ne serai pas aussi catégorique que toi.Dans le second roman de Gautreaux,il y avait aussi un Robicheaux,flic de surcroît, et j’avais posé la question d’un éventuel clin d’oeil à l’auteur.Il avait d’abord feint de ne pas connaître Burke!!! pour ensuite me dire que Robicheaux était un patronyme particulièrement répandu dans le sud des Etats Unis.
    Concernant une filiation à Hiaasen qui me paraissait aussi très hasardeuse,voilà ce que m’a répondu Cooper, assez remonté, à Etonnants Voyageurs: « En ce qui me concerne, je revendiquerai davantage une filiation avec Elmore Leonard qu’avec Carl Hiaasen parce qu’il y a beaucoup peut-être d’Elmore Leonard en moi alors que Carl Hiaasen c’est un écrivain peut-être un peu plus léger, un peu plus souriant, avec une Floride plus ensoleillée et ça ne me correspond pas tout à fait. »
    Enfin le dernier Burke est, pour moi, à nouveau au dessus de la mêlée.

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Autant pour moi pour Robicheaux alors.
      Carl Hiaasen plus léger, je suis d’accord, c’est d’ailleurs ce que je voulais dire (peut-être mal). Elmore Leonard, ça ne m’a pas sauté aux yeux … Manque quand même le héros coolissime à la Leonard.
      Et Burke, à mon grand désespoir, j’ai été déçu par le dernier.

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  3. chori

    bonjour, je suis votre blog depuis belle lurette, j’en apprécie la qualité et j’ai toujours autant de plaisir à le lire (et à découvrir de nouvelles choses… Là je voulais juste vous dire un énorme merci pour m’avoir permis de (si si!) découvrir Carl Hiaasen, grâce à vos remarques… j’ai commencé par De l’orage dans l’air, et je m’en suis régalé!
    Encore merci!

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