Le grand retour d’Andreu Martín

On n’entendait plus parler de lui. Il est pourtant, avec Francisco Gonzalez Ledesma et Manuel Vazquez Montalban, un des fondateurs du polar barcelonais (même s’il est arrivé après eux). Et le voilà qui revient, en fanfare avec Société noire, c’est Andreu Martín.

martin« Mardi 22 mai, deux jours après le braquage ». Le corps d’une femme décapitée est trouvé dans une rue de Barcelone. Peu de temps après, les policiers découvrent le corps d’un homme qui a eu la tête et les mains tranchées, puis une famille entière massacrée. La rumeur attribue les meurtres aux triades chinoises qui seraient en train de s’installer dans la capitale catalane. Pourtant des témoins parlent de deux brutes, semblant appartenir aux sinistres maras, ces gangs ultra-violents d’Amérique centrale.

L’inspecteur Cañas en est persuadé, ce sont les triades qu’il piste depuis plus d’un mois qui se vengent d’avoir été cambriolées. Il faut dire qu’avec son indic, Liang Huan, il a des infos de première main. Il va quand même falloir un peu de temps, de sueur et de larmes pour comprendre comment une simple enquête a pu finir dans un tel bain de sang.

Il a la santé le vétéran ! Quelle pêche ! On ne s’ennuie pas une seconde dans ce polar mené de main de maître, avec un sens aigu du rythme et du temps, et une maîtrise parfaite de la construction. L’auteur jongle avec les flashbacks et avec les personnages et construit son puzzle fait de courts chapitres qui passent du flic à son indic, avant, pendant et après le braquage qui constitue le pivot du roman.

Comme les meilleurs bateleurs, il jongle l’air de rien, donnant l’impression que l’exercice est facile et ne requiert pas vraiment son attention. Il sourit souvent (et nous aussi), et avec une insolente aisance passe de la description d’un massacre aux émois d’un jeune homme qui ne veut absolument pas tomber amoureux, ou de la mortelle inquiétude d’un père pour sa fille à la peinture, en passant, de l’exploitation de travailleurs clandestins.

On sourit, on frémit, on a le cœur serré, on s’enthousiasme, on découvre une partie de Barcelone plongée en pleine mondialisation, décrite au raz du bitume … En bref c’est le pied !

Andreu Martín / Société noire (Societat negra, 2013), Asphalte (2016), traduit du catalan par Marianne Millon.

4 réflexions au sujet de « Le grand retour d’Andreu Martín »

  1. Lartigue

    Merci. J’ai bien sûr un faible pour le polar barcelonnais. Comme vais passer 5 j à Porto en famille n’aurais tu pas un bon polar local à me recommander ?
    Bises gelées de Grenoble.

    Répondre
    1. actudunoir Auteur de l’article

      Ben non, c’est bizarre autant on a quantité de polars espagnols, autant rien de bon venant du Portugal.
      Quelques pages sur Lisbonne dans des nouvelles de Jérôme Leroy, après il y a un auteur traduit Miguel Miranda, ça se passe à Porto, mais je n’ai pas pu aller au delà d’une cinquantaine de pages, complètement hermétique à son style (mais tu peux essayer c’est chez l’Aube), après il ne te reste plus qu’à relire Saramago …

      Répondre

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