Avant Lonesome Dove

J’avais adoré Lonesome Dove de Larry McMurtry. Je ne pouvais pas rater Lune comanche.

McMurtryNous voici donc quelques années avant Lonesome Dove, à l’époque où Gus McCrae et Woodrow Call faisaient partie des rangers du Texas basés dans une petite ville poussiéreuse, Austin. Une époque où le clan du grand chef comanche Buffalo Hump terrorisait les colons (et ils avaient bien raison d’être terrorisés). Une époque où Ahumado, le Black Vaquero attaquait les troupeaux depuis le Mexique, et s’était fait une spécialité d’inventer des tortures qui étonnaient même les comanches de Buffalo Hump. Une époque où les tensions entre le nord et le sud grandissaient, jusqu’à la guerre. Une époque de dangers, de grands espaces, de violence, de changements, et d’hommes libres. Une époque finissante.

Immense fresque, pavé imposant mais en aucun cas indigeste (environ 750 pages), tableau complet d’une époque et d’un lieu qui donne la parole à une multitude de personnages, Lune comanche ne peut que ravir les amateurs de romans historiques et de westerns.

Son originalité tient à son ampleur, à sa façon de nous glisser dans la peau de personnages aussi différents qu’un chef de bande sadique régnant par la terreur et étonnamment détaché de tout ce qui est matériel, des rangers incultes mais curieux de tout, d’un chef comanche qui sait qu’il est le dernier à résister à l’invasion européenne et à vivre selon des traditions condamnées, un voleur de chevaux fier d’être le meilleur dans son domaine, un pisteur curieux de tout, capable de marcher des jours pour voir un nouvel oiseau, ou trouver des vestiges de peuples anciens, un colonel fanatique fasciné par la guerre, une prostituée amoureuse désireuse de changer de vie, une fille de la grande bourgeoisie du sud complètement cinglée etc …

Tous sont traités avec la même précision, le même respect, et la même rigueur, amenant le lecteur à comprendre ce qui les anime, ce en quoi ils croient, ce à quoi ils aspirent.

Et tous sont emportés par le souffle de ce récit, dans des paysages incroyables, sans que le lecteur ne soit jamais perdu tant chaque personnage est incarné.

Sans oublier un point primordial du roman : son humour. Je ne pensais pas, en ouvrant ce western, sourire aussi souvent. On sourit des dialogues entre rangers, de la folie des uns et des autres, des naïvetés, des incompréhensions entre les cultures, de la pruderie des uns, et du goût de « l’accouplement » des autres. On sourit souvent aux pensées des uns et des autres qui ne comprennent pas les priorités ou les préoccupations de personnages d’une autre culture. On sourit souvent (humour de répétition) aux réactions choquées face à ce qui, naturel pour l’un, est considéré comme d’une grande « impolitesse » pour l’autre (le terme revient souvent). Et en souriant, on prend une bonne leçon de tolérance et de relativité des us et coutumes, ce qui ne peut pas faire de mal.

Bref, un grand roman, passionnant, drôle et enthousiasmant.

Larry McMurtry / Lune comanche (Comanche moon, 1997), Gallmeister (2017), traduit de l’anglais (USA) par Laura Derajinski.

10 réflexions au sujet de « Avant Lonesome Dove »

  1. lectriceencampagne

    Moi aussi, j’a adoré Lonesome Dove, et j’ai encore en attente La marche du mort…Autant dire que Lune comanche, qui est aussi sur la bibliothèque…Ceci dit, j’ai laissé deux ou trois choses de côté pas terribles, alors…Mais Larry McMurtry est un grand écrivain, c’est sûr. Et ton article est plus que convaincant

    Répondre
  2. Meyer Meyer

    Je n’ai pas lu Lonesome dove malgré les avis élogieux à cause d’une réticence imbécile envers les « romans western » lors que je n’en ai jamais lu et que j’aime bien les westerns en film et de son volume.. Il va falloir que je le fasse. Je recommande grandement un livre plus ancien de Larry McMurtry : « la dernière séance » qui se passe dans une petite bourgade du Texas au tout début des années 1950 (je recommande également le film qu’en a tiré Peter Bogdanovich en 1971 : la dernière séance parfois appelé dans son titre original : « The last picture show », qui est pour moi un chef d’oeuvre. Les autres livres qui ont pour personnage central Duane Moore (un des protagonistes de La dernière séance) sont également intéressants (« Texasville », « Duane est dépressif »? « Duane est amoureux ») dans un style beaucoup plus humoristique mais avec toujours une grande dose de nostalgie..
    Si je me lance dans la lecture des Lonesome Dove, dois-je commencer par celui-là qui se situe avant chronologiquement ou par le 1er roman ?

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      J’ai commencé par Lonesome Dove, et je n’ai eu aucun problème en le lisant. Donc tu peux faire comme moi et les lire « à l’envers ».
      Je note pour les autres romans.

      Répondre

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