Le Cherokee, trop brillant pour moi ?

Encore pas de chance. Alors que Le Cherokee de Richard Morgiève est encensé partout, je suis resté sur ma faim.

Morgiève1954 quelque part dans l’ouest américain. Nick Corey est peut-être d’origine indienne, a vu ses parents adoptifs massacrés par un tueur en série et a été décoré quand il a été soldat. Il est aujourd’hui shérif de Panguitch, mille habitants au milieu de rien.  Une vie calme, jusqu’à ce qu’une nuit il tombe en quelques minutes sur une voiture abandonnée, et sur un chasseur Sabre qui vient d’atterrir là, sans pilote.

Immédiatement, branle-bas de combat, l’armée, les services secrets, le FBI, tout le monde débarque. Et comme si ça ne suffisait pas, il semble qu’un personnage inquiétant rode autour du village. Un personnage qui pourrait bien être le tueur en série qui bien des années auparavant a assassiné les parents de Nick.

Je suis assez d’accord avec pas mal de compliments lus ici et là : Oui c’est ironique, oui les bons mots, les belles phrases, les belles images, et les digressions originales et inattendues fusent. A tel point que l’on peut presque ouvrir le roman au hasard et piocher une citation à reprendre pour montrer le style brillant de l’auteur.

Mon problème est que l’excès de brillant, au lieu de m’attraper et de me donner envie de continuer la lecture a eu l’effet inverse de me faire sortir complètement de l’histoire. Au bout de quelques pages déjà je m’étais désintéressé d’un personnage et d’une histoire qui, si je force le trait, semblaient être là pour donner l’occasion à l’auteur d’enfiler les belles perles.

En résultait une admiration pour l’écriture, un désintérêt pour l’histoire et un manque d’empathie total envers les personnages. Ce qui est quand même un comble quand on rend hommage au grand Jim Thompson.

A cela s’ajoute un autre paradoxe. L’auteur nous offre une magnifique galerie de personnages secondaires, mais pour la plupart, on ne fait que les croiser rapidement, et ils disparaissent ensuite du récit. Alors qu’on ne demandait qu’à vraiment faire leur connaissance.

C’est d’autant plus dommage que la peinture d’une Amérique complètement parano, craignant tout autant les rouges que les martiens, alors que les dangers qui la menacent sont internes, est très réussie.

Brillant sans doute, fort bien écrit, mais, à mon goût, sans émotion, et du coup un peu long. Il me faut de l’émotion et des personnages auxquels m’accrocher pour vraiment apprécier un roman de 500 pages.

Richard Morgiève / Le Cherokee, Joëlle Losfeld (2019).

11 réflexions au sujet de « Le Cherokee, trop brillant pour moi ? »

  1. Cuné

    Encore d’accord (décidément) ! Un abandon pour moi exactement en raison de ce que tu décris : après m’être ébahie à chaque page de la richesse et de la beauté de la plume, elle m’a éjectée par sa perfection formelle, elle a pris le dessus sur l’intrigue que je ressentais comme factice, fabriquée, au service de. Et ça m’énervait beaucoup parce que Laurent Chalumeau, que j’admire énormément, ne tarissait pas d’éloges sur ce roman. Mais quand ça ne veut pas…

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  2. flyingelectra

    Bon j’ai le droit de rigoler ? « Nick Corey est peut-être d’origine indienne, a vu ses parents adoptifs massacrés par un tueur en série et a été décoré quand il a été soldat » – rien que ça, j’ai envie de fuir ! Parce que bon, on peut manquer de chance dans la vie mais là … bref déjà trop c’est trop …
    je te laisse, moi je suis à Janesville et j’adore (un essai)

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  3. belette2911

    Mince alors, les romans que je ne coche pas, tu les apprécies et ceux que je stabilote en jaune fluo, tu passes à côté !! 😆 Comment je m’y retrouve, moi ??

    Dealer de lignes m’avait donné envie pour ce roman, je ne le décoche pas, mais je serai sur mes gardes, de peur que les trop belles phrases ne me fasse perdre le fil de cette histoire où le type a l’air de ne pas avoir eu de la chance… Si ces parents adoptifs se font massacrer par un tueur en série, on peut dire qu’il cumule dans les malchances, lui 😉

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      1. belette2911

        Faut déjà que le trouve, que je l’achètes, que je le lises, que j’écrives ma chronique…. en espérant que tout cela arrive cette année, sinon, tu liras ma chronique dans 10 ans 😆

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