Maldonnes

Revoilà Serge Quadruppani écrivain (et non traducteur), avec Maldonnes.

Antonin Gandolfo est auteur de polars et traducteur. Dans sa jeunesse, après s’être très rapidement aperçu qu’il n’était pas taillé pour le banditisme, il a évolué longtemps dans les groupes d’extrême gauche. Il a soutenu, avec une bande d’intellectuels, Georges Nicotra, truand, braqueur et écrivain, et a participé au mouvement qui allait le faire libérer de prison après un braquage pour lequel il se proclamait innocent.

Bien des années plus tard, il vit retiré sur l’île de Salina, au large de la Sicile. Il a pris de la distance avec ses anciens camarades, mais pas avec les valeurs qu’il défendait. Le passé va venir se rappeler à son bon, ou mauvais, souvenir.

Bien évidemment, une partie du jeu est d’essayer de deviner quels (gros) morceaux du vrai Quadruppani se retrouvent dans Antonin. Bien qu’il brouille les pistes dans la note en postface, en déclarant « je ne suis pas petit et je n’ai jamais vraiment été dodu » et en avertissant le lecteur que c’est un exercice vain, difficile de ne pas y penser.

Si l’on oublie ce côté que l’on pourrait qualifier de « people », ce qui est certain, c’est qu’une bonne partie des opinions, colères et dégoûts, mais aussi des enthousiasmes, passions et lieux aimés d’Antonin sont aussi ceux de l’auteur. C’est sans doute pour cela que tout sonne aussi juste, incarné et du coup passionnant.

Et le lecteur qui connaît un peu, sans en être un spécialiste, les mouvements de gauche (la vraie gauche) ou le milieu du polar ne pourra que sourire à de multiples reprises de l’humour et de la distance amusée mais jamais méchante avec lesquels il les décrits. Humour également dans la mise en abîme quand l’auteur (Quadruppani, pas Gandolfo) se moque de lui-même en faisant parler (ou écrire) un de ses personnages féminins qui explique que jamais un homme ne pourra écrire de façon crédible en se mettant à la place d’une femme … On sent que l’auteur s’amuse, et le lecteur s’amuse avec lui.

Dernière surprise du chef, alors que l’on a souvent l’impression de lire une chronique de vie à l’intrigue assez lâche, sur la fin, le fil se tend et on se prend le ressort en pleine figure sans préavis. Mais je n’en dirai pas plus.

Espérons seulement que, malgré cette allure de bilan d’une vie d’auteur, Maldonnes ne soit pas son dernier roman.

Serge Quadruppani / Maldonnes, Métailié/Noir (2021).

Une réflexion au sujet de « Maldonnes »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s