L’enfer de Church Street

J’ai eu un peu de retard à l’allumage sur la collection Neonoir de chez Gallmeister, mais ça y est, c’est parti. J’ai commencé avec L’enfer de Church Street de Jake Hinkson.

HinksonGeoffrey Webb s’est fait braquer sur le parking d’un petit centre commercial. Il embarque son agresseur dans sa voiture et lui met un marché en main. S’il l’écoute pendant quelques heures, il lui donne 3000 dollars.

Durant ces heures, Geoffrey va se confesser : Après ses études, Geoffrey qui n’avait que peu de perspective c’est aperçu qu’il était très facile de trouver un travail et un logement auprès des croyants. C’est comme ça qu’il se retrouve aumônier auprès des jeunes de l’Eglise Baptiste pour une Vie Meilleure dans une petite ville de l’Arkansas. Et que petit à petit, comme un coucou, il fait sa place dans la communauté et dans la famille du pasteur. Mais tout le monde ne croit pas à sa dévotion et à son humilité, et un jour, le masque devra tomber …

J’ai pensé, forcément, à Jim Thompson (et pas seulement parce qu’il est évoqué en 4° de couverture), et surtout, à cause de l’omniprésence de la religion et de l’hypocrisie des religieux, à La nuit du chasseur de Davis Grubb. Les deux ont déjà mis à nu l’hypocrisie, la religiosité maladive, la mesquinerie de petites villes américaines. Les deux ont déjà mis en scène des monstres qui se cachent, non seulement sous le masque de la « normalité », mais même sous celui de l’autorité, légale ou morale.

Et Jake Hinkson ne pâtit pas de la comparaison malgré des références aussi écrasantes. Ce qui est déjà un sacré exploit.

Le procédé narratif est habile et bien mené. Le narrateur paraît de plus en plus épouvantable au fur et à mesure qu’il raconte, à plat, sans jugement moral ni remord sa plongée dans l’horreur. Une horreur d’autant plus marquante que l’auteur ne force jamais le trait mais garde un ton égal, comme s’il décrivait des situations normales. Il faut dire qu’en face, on a le choix entre des imbéciles, des hypocrites, des fanatiques … ou une famille de véritables pourritures (avec une mention spéciale pour une espèce de Ma Dalton particulièrement réussie).

Le tableau d’ensemble est saisissant, l’écriture adaptée au propos, et cela donne une vraie pépite bien noire. Un plaisir grinçant pour un néonoir qui arrive à faire du neuf (et intéressant) avec du très ancien.

Jake Hinkson / L’enfer de Church Street (Hell on Church Street, 2012), Gallmeister/Néonoir (2015), traduit de l’anglais (USA) par Sophie Aslanides.

5 réflexions au sujet de « L’enfer de Church Street »

  1. vincent vranken

    Bonsoir, cela démarre très bien en effet. En même temps, de la part de Gallmeister on pouvait l’escompter. Je vous recommande chaleureusement, dans la même collection, « Exécutions à Victory », une expérience immersive assez stupéfiante oscillant entre rires grinçants, scènes cauchemardesques, inquiétante étrangeté, ambiances quasi apocalyptiques avant de culminer dans une dernière partie véritablement dantesque ! Le tout écrit dans un style personnel assez épatant. Sinon, il y a aussi le nouveau roman du grand Heinrich Steinfest, « le Mondologue », apparemment pas « policier » cette fois…

    Répondre
    1. actudunoir Auteur de l’article

      C’est vrai que Gallmeister fait preuve d’une cohérence éditoriale et d’une qualité remarquables.
      Je n’ai pas encore mis la main sur Exécutions à Victory, mais cela va venir.

      Répondre

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