La tempête Marin Ledun

Après En douce, Marin Ledun reste à la campagne avec Ils ont voulu nous civiliser.

LedunJanvier 2009, la tempête Klaus s’abat sur les Landes (entre autres). C’est là que Thomas Ferrer survit, de petits trafics, de petits larcins. Le pauvre Thomas choisit mal son moment pour péter les plombs : rendu enragé par l’humiliation de trop, il bastonne Baxter, à qui il revend ses produits et lui prend l’argent qu’il a entrevu dans son tiroir.

Malheureusement pour lui, Baxter survit, et cet argent n’était pas à lui, mais à deux truands beaucoup plus méchants. Alors que la tempête fait rage, et que les pins sont arrachés par dizaines, Thomas tente d’échapper aux trois hommes. Sa route va croiser celle de Pécastaing, un vieux misanthrope qui s’est isolé dans la forêt pour ruminer sa haine de l’humanité toute entière.

Avec En douce et ce dernier roman, il me semble que Marin Ledun a trouvé un ton et une narration qui lui conviennent parfaitement et qu’il maîtrise à merveille. Avec ces deux récits au ras du sol, au plus près de personnages qui n’ont rien d’extraordinaire (au sens premier du terme), en restreignant volontairement le cadre, il nous parle extraordinairement (toujours au sens premier du terme) de toute notre société.

Thomas, ses poursuivants, le vieux Pécastaing sont des victimes de la société. Ils en ont conscience (à peine), mais de façon intuitive, sans comprendre ni pourquoi ni comment. Tout comme très intuitivement ils savent que leurs petits mouvements de révolte, qui peuvent s’avérer violents pour ceux qui se trouveront au mauvais endroit au mauvais moment, ne changeront rien à cette société qui les laisse crever dans leur coin, et que s’ils disparaissent, des milliers d’autres viendront les remplacer, immédiatement.

Ils savent que la chimère (quelques liasses de billets) derrière laquelle ils courent ne représente que les miettes d’un festin auquel ils ne seront jamais invités. Ce qui ne les empêchent pas de la poursuivre avec une rage terrible.

Et c’est cette rage, cette violence, cette urgence que l’auteur a si bien su mêler à celle de la nature, bien indifférente aux conneries des hommes. Rage, violence, urgence que le lecteur prend en pleine poire, en même temps que les tempête, dans une montée parfaitement maîtrisée du récit vers la destruction finale inévitable.

Superbe récit noir, emporté par le souffle de Klaus, parfait dans sa concision, Ils ont voulu nous civiliser est vraiment un des romans français à ne pas manquer cette année.

Marin Ledun / Ils ont voulu nous civiliser, Flammarion (2017).

5 réflexions au sujet de « La tempête Marin Ledun »

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