Vigilance

Je l’avais repéré sur les blogs, et j’adore cette collection, donc en cette fin d’année calme et sinistre, j’ai lu Vigilance de Robert Jackson Bennett. Magistral. Même si ce n’est pas cette novella qui va rendre la fin d’année moins sinistre.

 « Tout tenait au fait que depuis toujours, l’Amérique est une nation qui a peur.

Peur de la monarchie. Peur des élites. Peur de perdre ses biens, par le fait du gouvernement ou d’une invasion. Peur qu’un voyou stupide ou un petit malin de la ville trouve un moyen légal ou non de voler ce qu’on a durement gagné à la sueur de son front.

Voilà ce qui faisait battre le cœur de l’Amérique, non l’amour de son pays ou de ses semblables, non le respect de la Constitution … mais la peur.

Et là où il y avait peur, il y avait des armes à feu. »

Quelques années auparavant, lors d’une tuerie dans une école, un gamin a filmé en direct, et mis en ligne. Fil suivi par des millions de gens fascinés. Et les IA du web ont réagi immédiatement, collant des pubs sur le fil. Horreur des firmes … Jusqu’à ce qu’elles s’aperçoivent que loin d’en souffrir, leurs ventes explosent.

John McDean crée alors le grand show TV Vigilance. Un lieu public (gare, centre commercial …), gardé secret jusqu’à la dernière seconde, est entièrement bouclé. Trois tueurs volontaires y sont lâchés. Les drones filment. Si un bon citoyen vigilant abat un des tueurs, il gagne des millions. Si un des tueurs s’en sort, il gagne encore plus de millions. En direct les IA analysent les flux, et adaptent et ciblent les pubs. La force et la beauté de la simplicité. Branchez-vous sur ONT (One Nation Truth !) et profitez du spectacle.

Absolument magistral. Grande novella ou court roman, glaçant, dérangeant, horriblement cohérent et plausible. Si les technologies et la situation politique décrites ne sont pas celles d’aujourd’hui, elles sont suffisamment proches pour foutre sacrément les jetons, sauf peut-être ce qu’implique le retournement final (qui n’est que la cerise sur le gâteau, ou le ruban sur la paquet cadeau). Mais ce qui effraie encore plus, c’est que la peinture sociologique de cette Amérique, la psychologie d’une partie de ses habitants, n’a rien, elle, d’une anticipation.

Ajoutez une écriture fluide, un découpage parfait qui fait monter la tension, et vous avez un texte que vous dévorez, fébrile, et refermez abasourdi.

Cette collection nous propose décidément de vrais diamants, Vigilance est à mettre, à mon avis très subjectif, au niveau de L’homme qui mit fin à l’histoire et Un pont sur la brume.

Robert Jackson Bennett / Vigilance, (Vigilance, 2019), Le Belial/Une heure lumière (2020) traduit de l’anglais (USA) par Gilles Goullet.

13 réflexions au sujet de « Vigilance »

    1. actudunoir Auteur de l’article

      C’est un avis subjectif bien entendu, mais pour moi ces trois titres sont vraiment au dessus du lot dans une excellente collection. Et très belle en plus ce qui ne gâche rien.

      Répondre
  1. Harryhausen

    Je recommande également American Elsewhere, du même auteur: un roman qui ferait se rencontrer les univers de David Lynch, HP Lovecraft et Stephen King;

    Répondre
    1. actudunoir Auteur de l’article

      J’ai vu qu’il y avait ce roman traduit (je suis allé chercher des infos dès que j’ai fini la novella). Je me le note, et j’ai cru voir passer une info disant qu’une trilogie serait en cours de traduction également.

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      1. belette2911

        AHAHAHA, je te tiens ! Tu n’as pas lu les romans du King et bien, ce n’est pas bien 😆

        Ok, je vais lire « vigilance » pour avoir peur aussi, parce que la peur, c’est ce qui est ancré dans nos sociétés depuis toujours et la peur fait parfois faire des erreurs, des conneries, des bêtises…

        Quand un président dit que si les français avaient été armés au bataclan, ils auraient pu riposter, ça me glace les sangs… Dans son pays, tout le monde ou presque possède des armes et quand un gamin ou un tueur flingue des gens à tout va, personne ne se défend, personne ne lui tire dessus… la preuve des inepties du président et de l’imbécillité de la libre commercialisation des armes de guerre où tu peux tirer 100 cartouches/balles avant de devoir recharger :/

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